Et si Louis XVI n’avait pas été arrêté à Varennes…

Ah Varennes … Lieu symbolique, s’il en est, où la monarchie française, multi-séculaire, esquissa ses derniers soubresauts. Louis XVI, Roi dont la réputation de mollesse restera attachée à jamais, tentait un pari risqué pour détruire la Révolution en s’enfuyant, dans l’espoir de regrouper quelques troupes, voir un Empire, pour récupérer Paris aux mains de l’Assemblée, et Versailles !

Le magnifique podcast sobrement intitulé « Varennes », porté par Europe 1 et par Franck FERRAND, que l’on ne présente plus, revient sur le destin des 8 personnes embarquées dans la berline qui ramena Louis XVI à Paris, après son arrestation. Cuisant échec pour Louis Capet, dont l’oeuvre de vengeance ne sera jamais réalisée.

Pourtant, Napoléon Bonaparte lui même assurait qu’avec une préparation plus sérieuse, et des acteurs plus compétents, la fuite aurait pu réussir, et la face du monde en eut été changée.

Et si…

Et si nous imaginions, l’espace d’un instant, que le Roi atteignit son but. Réaliser une uchronie sur Louis XVI est un exercice périlleux, tant le personnage est complexe et ses actions souvent désarmantes. Aurait-il finalement pris la mesure de son titre ? Aurait-il fait preuve d’autorité, d’intelligence, de stratégie ?

Dans cette fiction, tout commence, me semble-t-il, à Pont-de-Somme-Vesle…

Hussards en escorte

Louis XVI, Marie Antoinette, leurs deux enfants (le dauphin Louis-Charles et Marie-Thérèse de France), la soeur du Roi (Madame Elisabeth)  et la nourrice (Madame de Tourzel) ont quitté Paris le  21 juin 1791 aux alentours de 2h du matin, à bord d’une Berline verte, escorté par Axel de Fersen, qui très vite quittera le convoi pour organiser l’arrivée du Roi en la destination prévue.

Après avoir traversé une partie de la campagne française, en direction de l’Est, la famille royale arrive à Pont-de-Somme-Vesle, dans la Marne, après subit quelques péripéties.

Ils ont notamment été reconnu à Chaintrix par le maître de Poste, leurs chevaux se sont affalés plusieurs fois. Le voyage s’annonce long et éprouvant. Le jeune dauphin, déguisé en fille pour l’occasion, et sa soeur s’impatientent, angoissent. Le Roi et la Reine sont plutôt confiants, heureux d’avoir éloigné Paris et la horde de Députés hostiles à leurs personnes.

A Pont-de-Somme-Vesle, comme prévu, un détachement de 40 hussards, envoyés par le duc de Choiseul les attends et est chargé de les escorter jusqu’à Varennes-en-Argonne, où d’autres hussards viendront compléter le dispositif.

Mais, à Paris, La Fayette a déjà fait envoyer des courriers à travers tout le pays, sommant l’arrestation du Roi et de sa famille. Avec l’épisode de Chaintrix, une véritable course poursuite s’engage. Pour l’Assemblée constituante, le Roi ne doit pas parvenir à s’enfuir.

En arrivant à Varennes, Louis XVI fait face à une population médusée. Les hussards maintiennent l’ordre, et sur une estrade, en place publique, le Roi désavoue la Révolution telle qu’elle a été menée, ne s’oppose pas à la monarchie constitutionnelle, mais veut préserver son indépendance. Il réclame la restauration sa famille à Versailles, et la mort pour les Républicains.

La foule scande : « Vive le Roi, Vive Louis XVI, Vive le Dauphin ! ».

Un affrontement inévitable

La famille Royale a quitté Varennes, pour atteindre Montmedy, aux frontières du Royaume. Sur le trajet, les opposants ont été réprimés, les soutiens encouragés. Autour des hussards, des hommes ont rejoint ce qui, petit à petit, constitue une troupe, armée de fourches. Le Roi constate la popularité de la Monarchie auprès d’une population détachée des intérêts parisiens.

Il sait qu’il ne doit pas quitter les frontières du Royaume. A Montmedy, il stationne plusieurs jours, tandis que l’armée Républicaine vient assiéger la ville.

En effet, la République a été déclarée par l’Assemblée. Une constitution adoptée à la hâte, sans Roi. Un président de la République est désigné, Maximilien de Robespierre, chargé de mater la rébellion royaliste.

Une délégation de députés est envoyée à la rencontre du Roi pour négocier sa reddition. Mais le roi ne se rends pas. Endurcit par les épreuves, réaffirmé dans son ascendance divine, il renvoie la délégation aux portes de la cité, en portant un message : les têtes des Députés, sectionnées, sur des piques.

Le roi est confiant. Quelques jours auparavant, Axel de Fersen était revenu, avec une excellente nouvelle. Leopold II, l’Empereur, envoyait ses troupes, sous la direction du Maréchal de Brunswick, en soutien à Louis.

Robespierre veut lancer l’assaut sur Montmedy. Mais les troupes de l’Empereur sont déjà là, et les soldats Républicains sur place sont massacrés. Première victoire pour Louis XVI qui souhaite désormais marcher sur Paris.

Le sort en est jeté

Le Roi veut d’abord mettre sa famille à l’abri. Marie-Thérèse et Madame Elisabeth partent pour l’Autriche. Marie-Antoinette reste auprès de son époux. Quant au Dauphin, malgré les supplications de sa mère, il refuse de quitter la France. Il a bien compris, malgré son très jeune âge, l’importance de ne pas abandonner son Royaume.

Les défections au sein de l’armée Républicains sont nombreuses. A la vue du Roi et de l’Empereur, une majorité de soldat se mettent au garde-à-vous et rallient les troupes. Paris n’est  déjà plus très loin.

Dans la capitale, Robespierre est de plus en plus marginalisé au sein de l’Assemblée. Les uns lui reprochent sa défaite à Montmedy, les autres de ne pas faire preuve de plus d’autorité. Il prends alors une décision : lancer l’ensemble des troupes Républicaines sur le champ de bataille, à Château-Thierry, quitte ou double.

La bataille y est sanglante, des milliers de morts jonchent la plaine. L’armée imperialo-royaliste prends le dessus, aisément. Sentant la défaite écrasante venir, une conspiration secoue l’Assemblée. Robespierre, et l’ensemble des Républicains radicaux, sont assassinés. Antoine Barnave, plus modéré, le remplace à la Présidence.

Il souhaite la paix, ordonne aux troupes de cesser les combats, en vue de la négociation d’un accord, et prends le chemin pour Château-Thierry.

Mais, parmi les soldats Républicains, certains ne veulent pas abandonner. Ils sont persuadés pouvoir reprendre l’avantage. Paris est proche, mais Paris n’est toujours pas visible. Parmi eux, un jeune général venu de Corse, Napoleon Bonaparte.

Barnave doit arriver dans les deux heures qui suivent. Les combats ont cessé. Le jeune Dauphin, à l’abri dans la tente d’Etat Major, en recul du champ de bataille, ose une sortie, malgré les réprimandes de sa mère. Il voit les cadavres, sent l’odeur fétide, respire l’air enfumé des fusils. Il est à découvert. Bonaparte l’a vu.

L’occasion est belle. Le général s’infiltre dans le camp royaliste et parvient à capturer le jeune Dauphin.

Fallait-il autant de morts ?

Quand Barnave apprends la prise d’otage du jeune Dauphin, il ordonne que l’enfant soit immédiatement restitué. Bonaparte refuse. Il estime détenir là la clé pour détruire définitivement la monarchie.

Enragé de colère, Louis XVI ordonne la reprise des combats. Pire, il exige un assaut brutal et sans délai de l’ensemble de ses troupes. Aucune pitié n’est toléré. Il faut récupérer le dauphin, vivant, coûte que coûte.

L’armée Républicaine est décimée. Bonaparte a perdu. L’Assemblée a perdu. Le général corse se présente face au Roi et à l’Empereur, le dauphin en joug de son sabre. Il exige sa libération immédiate en échange de la vie de l’enfant. Louis refuse. Napoleon tranche alors la gorge du garçonnet, avant d’être criblé de cartouches.

Agonisant sur le sol, il aperçoit Louis XVI, riant à gorge déployée. Le jeune enfant n’était pas le dauphin, mais un enfant sans famille, à qui on avait demandé de jouer le rôle de Louis-Charles, lequel avait finalement rejoint l’Autriche avec sa soeur. Bonaparte comprends le stratagème : forcer la capture du faux dauphin pour déclencher le massacre de son armée.

Il parvient à prononcer ses derniers mots : « Fallait-il autant de morts ? »

Louis, impassible à la déchéance de l’ennemi répondit : « Le retour du Roi ne vous convient-il donc pas ? »

La purge

N’ayant plus d’obstacles, Louis XVI marche sur Paris. L’Assemblée Nationale est liquidée, les députés tous arrêtés et exécutés. La famille Royale est réuni à Versailles. En remerciement de l’aide apportée, on marie Marie-Thérèse au fils héritier de Léopold, lequel, au passage, négocie certains territoires et certaines faveurs commerciales.

La République est dissoute, et la Monarchie de Droit Divin rétabli. Dieu a donné la force à Louis XVI de reconquérir son trône.

Une politique de terreur est amorcée : tous les conspirateurs, les ennemis du Roi sont guillotinés. L’opposition est atrophiée. Le pouvoir absolu est de retour.

Au crépuscule du 18e siècle, la Monarchie française vient de vivre l’épisode le plus tourmenté de son Histoire. Elle a vacillé, mais a tenu bon.

De quoi lui redonner de la vigueur pour les siècles à venir…

By | 2018-06-14T15:42:38+00:00 juin 14th, 2018|Fictions|0 Comments

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