Une histoire de sexe

Sous ce titre (légèrement) racoleur, et peut-être destiné à ce que ce blog soit mieux référencé par notre ami commun Google (oui, il parait que le mot sexe se vend bien…), c’est bien un sujet de société que je souhaite aborder. Désolé, je ne vous conterai aucun stupre ni aucune perversité ici.

Je suis père, d’un petit garçon de 3 ans, qui aime jouer aux petites voitures, construire des tours en Légos, dessiner des coeurs bien rouge à sa maman, chanter les musiques du Roi Lion et promener sa poupée en poussette.

Cette poupée, il l’a appelé Sacha, diminutif slave d’Alexandra. Il l’adore, la traîne partout, lui fait des câlins et lui parle, parfois doucement, parfois sur le ton autoritaire que ses parents prennent quand il fait des bêtises. Et puis elle l’accompagne la nuit, dans son lit, avec ses autres doudous.

« Il joue à la poupée ? »

C’était un dimanche banal. Quelques amis viennent chez nous pour le déjeuner. Après le repas, mon fils part à la sieste. Tout fier et souriant, il se présente à nous, avec Sacha dans les bras, pour nous souhaiter une bonne sieste. Puis il disparait dans sa chambre, son repère à lui.

L’un de nos invités semble interloqué. Les yeux écarquillés, il demande :

« Il joue à la poupée ? »

« Eh bien oui. Elle s’appelle Sacha. C’est son doudou préféré je pense »

« Mais, c’est un garçon…! »

Le silence résonna dans la pièce. Mon épouse et moi nous sentons immédiatement visés par les regards d’incompréhensions de l’assistance. La phrase a été lancée comme un couperet sur une normalité de façade qui semblait coller à notre famille.

Oui, mon fils, mon petit garçon joue à la poupée, et cela semble, si ce n’est un problème, pour le moins une étrangeté.

Deux solutions s’offrent à moi : bégayer (et me fondre dans un système ultra-conservateur voulant qu’un garçon ne doit pas jouer à des « jeux de filles ») ou m’expliquer (et donner une consistance à un propos qui, de mon point de vue, n’en mérite aucune).

Je choisis simplement d’exposer une réalité

« Et bien oui, il joue à la poupée, et c’est un garçon. Je vous rassure, il aime autant ses petites voitures Cars, son robot Transformers et il réclame de regarder les matchs de football ».

Certains de nos invités se mettent à sourire, comme si j’avais réparé l’anomalie.

« Par contre, au risque de vous choquer, sa chanson préférée c’est « L’amour brille sous les étoiles » du Roi Lion, il rigole beaucoup à se faire des maquillages avec sa mère, il s’éclate à jouer à la dinette, et il y a même une Barbie qui traîne dans un coin de sa chambre ».

Aux sourires succède un malaise ambiant. Je me rends compte que deux gros mots sont sortis de ma bouche : maquillage et Barbie.

La poupée, c’est étonnant, mais la bonne société peut, en se forçant, comprendre l’idée. Mais le maquillage et Barbie, là…

« Comment ?? Tu maquilles ton fils ?? Tu n’a pas peur que…. »

Voilà ! L’adversaire dévoile son jeu. Le problème n’est pas tant qu’un petit garçon joue avec des jeux « féminins », mais bien que cela influence négativement sa sexualité.

Barbie rend-elle les petits garçons homosexuels ?

Cette fois, c’est moi qui suis interloqué. Je suis face à des gens éduqués, bien élevés, lesquels me reprochent de risquer de rendre mon fils homosexuel. A cet instant, je n’ai pas envie de répondre. Ma grand-mère disait toujours « on répond à l’insolence par le silence ».

Mais intérieurement, je bouillonne. Comme est-ce possible qu’à notre époque, les moeurs, aussi conservatrices soient-elles, restent bloquées sur ce genre de clichés infects. Mon épouse est aussi muette d’ahurissement que moi.

L’envie de passer du temps avec eux n’y est plus. La fin du déjeuner est expédiée. Poliment, mais fermement, nous les invitons à rentrer chez eux. Mon fils dort encore. Sa mère et moi nous installons sur le canapé. Un regard, deux sourires. Nous sommes heureux de nous être si bien trouvés elle et moi, et heureux de donner une éducation ouverte, fondée sur la bienveillance et la joie de vivre, tout simplement.

Fallait-il leur rappeler que non l’homosexualité ne « s’attrape pas » comme un virus, non un garçon qui joue à la poupée n’est pas un « homosexuel en puissance » (et quand bien même…).

Auraient-il eu la même réaction si mon enfant était une fille jouant avec une voiture…?

A toi, mon fils qui, un jour peut être, lira ces lignes

Non, ta mère et moi ne t’avons pas exclusivement habillé en bleu quand tu étais petit garçon. En plus ce cette couleur, tu a porté des pantalons rouges, des tee-shirt roses, des chaussettes jaunes…

Nous t’avons toujours traité comme un petit garçon. Pour nous, cela signifiait de ne pas t’enfermer dans une case genrée qui t’aurait empêcher de t’émerveiller de la moitié de ce que le Monde peut offrir.

Tu as été élevé dans le respect de l’autre, dans la jouissance de l’existence dans tout ce qu’elle comporte. Nous sommes heureux que tu sois notre fils, et nous avons toujours voulu que ta vie soit heureuse elle aussi. Et surtout, nous avons toujours voulu que cette vie t’appartienne à toi, sans que quiconque ne guide tes choix et tes envies.

Aujourd’hui, à l’heure où tu lis ces lignes, tu est toi. Parfait. Je ne sais pas où nous a mené la vie. Ce que je sais, c’est que peu importe les évènements, il y aura toujours de l’amour entre tes parents et toi. Nous serons toujours là pour toi.

Nous nous moquons bien de ton orientation sexuelle, nous nous moquons bien du sport que tu aimes pratique, de la musique que tu aimes écouter, de l’art que tu aimes contempler. L’important, à nos yeux, c’est que tu sois toi. Epanoui et heureux. Et jusqu’à notre dernier souffle, nous te montrerons notre amour, notre respect et notre soutien.

Je tiens Sacha dans mes bras à présent

Tu est dans ton lit, tu attends que je te l’amène. Je regarde cette poupée, objet d’incompréhension sociale. Cette société m’attriste, m’agace. Mais je veux croire en l’espoir d’une humanité utopique. C’est cet espoir que je veux t’inculquer.

Ce que ces gens ont dit ce jour là est au-delà de la stupidité elle-même. Leurs propos tiennent de l’ignorance et de la bêtise. Un acte sans doute guidé par des peurs sans fondement.

Ou peut-être était-ce parce que Sacha est une poupée noire…

By | 2018-06-20T16:54:37+00:00 juin 20th, 2018|Opinions|0 Comments

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