Je n’aime pas la chasse

Je me promenais, il y a encore peu, dans l’un des nombreux chemins qui parsèment les alentours de la maison familiale, en pleine campagne rhône-alpine. L’endroit est assez reculé. Les balades se conjuguent autour de sentiers balisés, d’étangs, de grands prés. Bref, tout est en place pour y trouver un espace de tranquillité, de calme, de repos.

Pourtant, je ne m’y sens pas totalement en sécurité. J’y tiens mon chien en laisse, j’interdis à mon fils de partir trop loin devant. Je crois bien que les coups de feu qui résonnent dans la forêt y sont pour quelque chose.

J’habite en effet un « coin à chasse ». Faisans, canards, sangliers, j’en passe et des meilleurs. En saison, chaque week-end, c’est le même rituel. Les voitures s’entassent sur le parking de la mairie. Poignées de mains virils, fusils à l’épaule, la meute aux aboies. Le cliché serait presque drôle…S’il n’était pas le miroir d’une activité barbare.

Eh oui. Huez moi, soutenez moi, critiquez moi, accompagnez moi, insultez moi ou encensez moi. Peu importe. Je suis anti-chasse.

Mais point de caricature ici, ce n’est pas certainement pas mon genre. Halte au « bon ou mauvais chasseur », à l’accent campagnard, soulevant l’excuse d’une communion avec la nature pour justifier l’acte consistant à ôter la vie. Non non, s’arrêter à cette image serait nier le réalisme froid et malsain de la chasse.

Tout cela est en fait bien plus manichéen que ce que les lobbys veulent faire croire. Le bien, le mal. Finalement tout se résume à cela. Je suis un fervent supporter de la nuance, du débat, de l’analyse. Encore faut-il que cela serve un propos.

Ici, les choses sont claires :

Chasser, c’est tuer.

La personne qui vous soutiendra l’inverse, soit vous ment délibérément, soit se ment à elle même. Au début de la journée, l’animal vit. A la fin, il meurt. Réalité froide.

Pour le simple plaisir de quelques acharnés de la gâchette ?

« Oh non mon cher, nous chassons car cela permet de préserver la biodiversité. Cela est une des missions essentielles de l’Homme ! »

NON. Qu’on se le dise une bonne fois pour toute : chasser ne préserve en rien la nature, bien au contraire :

  • la chasse aggrave l’extinction des espèces, en s’attaquant bien souvent à des animaux « protégés » ou en état de disparition imminente ;
  • les chasseurs dérangent l’équilibre naturel, les foyers, les terriers,…
  • les « nuisibles », c’est à dire les animaux prédateurs, considérés comme des concurrents, sont éliminés ;
  • à court de cible : pas de problème, il suffit de lâcher dans les forêts des animaux d’élevage (lapins,…), qui, au-delà de la cruauté d’être élevés pour le seul plaisir humain d’être massacrés, introduisent dans la fameuse biodiversité toute sorte de bactéries / maladies contractées en élevage.

Et je ne parle pas du plomb disséminé dans la nature au fur et à mesure des coups de feu… Très écologique ça aussi.

Et le loup alors ? Qui va protéger nos bêtes ?

Ah le fameux loup qui dévore les troupeaux de moutons. La seule solution serait d’exterminer l’espèce ? Belle leçon d’humanité voulant qu’il faille détruire tout ce qui nous gène plutôt que d’apprendre à vivre avec.

Tuer un loup, c’est non seulement barbare, mais c’est surtout inutile ! Ne pourrait-on pas envisager d’aider les agriculteurs à installer des enclos plus performants, électrifiés par exemple. D’autant plus qu’un loup qui aura pris une décharge électrique le fera savoir à sa meute (et oui, un animal, si ça ne parle pas, ça communique tout de même…Surprise hein, un animal à une conscience…).

On pourrait imaginer aussi utiliser des odeurs pour l’éloigner des troupeaux. En fait, les solutions sont très nombreuses. Encore faut-il se donner les moyens.

Un loisir malsain et dangereux

Au-delà de tous ces aspects écologiques, arrêtons-nous un instant sur la finalité même de la chasse : tuer. Encercler un animal, ne lui laisser aucune chance, le déchiqueter à coup de plombs. C’est un loisir ça ?

Je peux comprendre le « plaisir » de tenir une arme, encore que… Mais là où mon esprit bloque, c’est sur la satisfaction d’ôter la vie. A quel moment cela est-il plaisant ? Est-ce vraiment satisfaisant de voir le souffle de vie d’un être vivant s’amenuiser, de voir la gueule d’un animal exploser, de voir l’affolement dans leurs yeux, la détresse, la panique ?

J’invite tous les lecteurs à écouter le fabuleux podcast de l’émission « Les Pieds sur Terre » diffusé récemment sur France Culture et dont le sujet portait sur la chasse. Un témoignage glaçant y est narré : celui d’une jeune-femme à qui son fiancé « oblige » de venir en chasse, jouer les rabatteuses, et qui se retrouve mortifiée face à un sanglier (dont elle est bien heureuse d’avoir évité le massacre, au grand damne de ses collègues…) ou face à la tête d’une biche que l’on dépose à ses pieds dans la camionnette où elle attends la fin des réjouissances.

La même émission parle d’une oie, à qui l’on a mis des rubans, tel un cadeau d’anniversaire, offerte à deux chasseurs par leurs amis. Un être vivant réduit à l’état de chair à plomb pour l’amusement de l’Homme…

On massacre des familles, on pille des habitats, on danse autour d’une forêt devenue espace funèbre.

Cela sans compter sur la dangerosité de l’activité : des accidents arrivent toutes les semaines. On parle ici de morts humaines, d’animaux domestiques visés, de drames. Le fusil est une arme, ne l’oublions jamais. Une arme.

Et je ne parle pas de la chasse à courre…

Contrôler, voir interdire

Obtenir un permis de chasse est à la portée du premier venu. Et là se pose un vrai problème : aucun contrôle réellement objectif. Certaines situations sont ubuesques, tel ce fait divers où un chasseur presque sourd tire par mégarde sur son collègue et ne l’entends pas gémir de douleur, ce qui entraînera sa mort.

Notre société moderne ne peut plus accepter cela. A titre personnel, je réclame, à tout le moins un contrôle accru et régulier de l’ensemble des chasseurs, la délivrance sous conditions des permis de chasses, et l’instauration d’une régulation drastique des droits de mort.

L’interdiction pure et simple de chasser me paraîtrait toutefois être la solution la plus acceptable, en France, en 2018.

Doux rêve…

By | 2018-04-17T16:23:48+00:00 avril 17th, 2018|Opinions|1 Comment

One Comment

  1. Anouck 19 avril 2018 at 11 h 53 min - Reply

    Votre article est très bien écrit, il faut se regrouper et signer les pétitions sur Facebook et autres, et déjà commencer par ce gouvernement qui encourage la chasse et veut remettre la corrida « à la mode »…

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