Tout va bien, mon petit… – Prologue

« Tout va bien, mon petit… » est le premier grand projet de ce blog : écrire une histoire, longue. Chaque article présentera un chapitre. Sauf à ce que le projet rencontre un succès énorme m’obligeant à le terminer au plus vite, je ne m’impose pas de rythme de publication. La suite viendra donc….quand elle viendra…

PROLOGUE

Chomelix – Haute Loire – 15 juillet 1995

Sous une chaleur lourde annonçant un orage proche, Guillaume s’impatientait. Malgré la météo incertaine, ses parents avaient décidé de partir en promenade. C’était une tradition, chaque fois qu’ils venaient tous les trois visiter ses grands-parents. Un déjeuner copieux, une légère sieste sur le canapé du salon et une grande ballade dans la campagne environnante.

« Tu respireras de l’air pur au moins ! » lui disait inlassablement sa mère, comme pour le convaincre de les accompagner.

De toutes façons, à 11 ans, Guillaume n’avait pas vraiment le choix. Il aurait sans doute préféré jouer avec sa console de jeux vidéos ou passer l’après-midi à regarder des dessins animés, mais, il aimait aussi courir et se dépenser dans la nature.

Lui, le lyonnais de naissance, passant sa jeunesse entre la pollution de la ville et la grisaille des tours HLM. Ses parents avaient bien conscience que l’endroit n’était pas idéal pour un enfant amoureux de verdure et de liberté. Alors, dès que cela était possible, toute la petite troupe embarquait dans la Peugeot 505 familiale pour aller passer quelques jours en Haute Loire, chez Papy et Mamie.

Ici, sa grand-mère lui apprenait à faire la cuisine (ses fameuses endives aux jambons gratinées !), et l’emmenait au jardin, où il découvrait comment poussent les pommes-de-terre et les tomates. C’était son petit paradis du week-end.

Alors que les adultes finissaient d’enfiler leurs chaussures ou cherchaient, pour la énième fois, la paire de lunettes de soleil égarée, Guillaume les attendait sur la terrasse de la propriété grand-parentale. Si la maison était relativement coquette, l’endroit offrait une vaste étendue d’herbe, que Guillaume utilisait, au choix, comme terrain de football, de cache cache, de course ou encore comme lieu privilégié de lecture.

Machinalement, il faisait jongler sur ses pieds un ballon en plastique, hors d’âge, à l’effigie de la Petite Sirène quand, enfin, les uns après les autres, chacun se présenta au portail, au bout de l’allée sableuse qui menait à la maison, prêts à arpenter les chemins alentours.

« On va faire La Monliade ? » interrogea Mamie, récoltant par la même l’approbation générale.

La Monliade, c’était la promenade classique, mais néanmoins efficace. D’une distance raisonnable, à peine 1h30 de marche, sans réelle difficulté, au travers de sentiers forestiers, elle était parfaite pour poursuivre une digestion déjà bien entamée par la sieste.

Le trajet commençait par une portion de route, à peine quelques centaines de mètres, avant de s’enfoncer dans les bois, appréciés des amateurs de champignons. Guillaume et ses grands-parents ne manquaient d’ailleurs jamais la « période des champignons » pour partir à la chasse aux trésors.

Comme à l’accoutumé, Guillaume et Mamie marchaient en tête du groupe, à quelques pas d’écarts. Grande conteuse, la grand-mère profitait toujours de ces instants privilégiés pour raconter à son petit-fils des histoires, inventées sur le tas, ou, et c’était là ce qu’elle préférerait, sur sa jeunesse à Saint Etienne. Le jeune homme écoutait, plus ou moins attentivement. Jamais il n’aurait voulu vexer son aïeule en la reprenant sur une histoire racontée cent fois, et qu’il connaîtrait par coeur.

Ce jour-là, Guillaume n’était pourtant vraiment pas attentif aux propos de son aînée. Le regard tourné vers le sol, il semblait traîner sa peine telle une incommensurable charge sur son dos.

« Eh bien mon petit, tu m’a l’air tout triste depuis que vous êtes arrivés. Que se passe-t-il ? »

En même temps qu’elle prononçait ces paroles, Mamie se rappela instantanément le coup de téléphone que son fils leur avait passé hier soir. Patrick prévenait ses parents : Roméo, le caniche de la famille, était mort la veille et Guillaume en était très affecté.

Elle s’en voulut d’avoir une mémoire si vacillante. Comment-a-t’elle pu oublier ça… Le garçonnet leva les yeux, brouillés par de chaudes larmes naissantes.

« Roméo me manque… »

« Je comprends mon petit. Mais tu sais, il est au paradis maintenant. Il doit s’y sentir bien. Et surtout, il t’attendra là-bas. Un jour, lointain, vous vous retrouverez et reprendrez vos jeux là où vous les avez laissé »

« Tu crois ? »

« Bien sur ! Lorsque les animaux vont au ciel, ils sont accueillis directement au paradis. Romeo ne fait pas exception »

« Et les humains, ils vont au paradis aussi ? »

« S’ils ont été gentils et bons, oui, bien sur ».

« Et comment je peux être certain que c’est vrai ? Que je reverrai Romeo un jour… »

Guillaume ne pensait jamais à la mort. A son âge, la vie, rythmée par les joies et l’innocence de l’enfance, n’a pas de fin concrète. Il savait qu’il allait vieillir, un jour, mais ne prenait pas la mesure de ce que cela signifiait réellement. Les propos de sa grand-mère le rassuraient, mais l’angoissaient également, le mettant face à la réalité brute de la mort.

Et puis, il ne parvenait pas à effacer de son esprit la vision de ce vieux chien, son meilleur ami, boiteux, couinant de douleur à chaque pas. Juliette, sa mère, était, un samedi matin partie en voiture, emportant l’animal, puis était revenue seule. Guillaume avait alors compris.

La promenade continuait sur une colline qu’escaladait un chemin ensablé. A son sommet, Guillaume aimait jouer avec l’écho de ses cris qui s’envolait à travers la plaine en contrebas. Il imaginait toujours  que quelqu’un, très loin, lui répondrait, et qu’il pourrait même avoir une discussion avec cette personne. Qui sait, il s’agirait peut-être d’un petit garçon, comme lui, avide de rencontrer de nouveaux copains.

« ROMEOOOOOOOOOO », cria l’enfant, espérant que, là où il se trouvait, son chien percevrait la voix familière de son jeune maître.

Puis, il fallu entamer le chemin du retour. Les jambes étaient un peu lourdes en même temps l’estomac se creusait d’un appétit dévorant. Heureusement, Mamie avait toujours une boite de gâteau avec elle en promenade, pour Guillaume. Comme celui-ci se jetait sur l’offrande tel un lion affamé sur une antilope désarmée, sa grand-mère se mit à lui parler de sa propre mère et des souvenirs qu’elle en gardait.

« Tu sais, ton arrière-grand-mère était une femme très croyante. Elle a prié, toute sa vie, pour se retrouver, un jour, au paradis. Et je pense qu’elle y est finalement parvenu. »

« Comment ça Mamie ? »

« Ah mon petit… Un jour, ma mère m’a promis que, lorsqu’elle serait au ciel, elle m’enverrait un signe pour me dire qu’elle avait rejoint le paradis… »

« Et ce signe, tu l’a eu ? »

« Oui… Chaque jour que Dieu fait, je ressens l’esprit de ma maman au fond de moi. Elle me rassure de sa chaude présence : dans le vent qui fait bouger les branches d’arbre, dans la saveur particulière d’un plat de fête, dans tes yeux si ronds et si brillants, dans la musique des cloches de l’Eglise, dans la fraîcheur du matin, dans la douceur des draps propres »

Guillaume souriait toujours quand Mamie improvisait une prose poétique, dont elle seule avait le secret. Il trouvait ça beau, tout simplement. Il en voyait en sa grand-mère une artiste capable des plus jolies pensées.

« Et si l’on passait un accord mon petit, toi et moi… D’accord ? »

« Quel accord Mamie ? »

« Un jour, moi aussi j’irai au ciel, et au Paradis, j’espère bien. Ce jour-là, ne sois pas triste, car je serai avec toi, dans ton coeur, mais non seulement. Par tous les moyens qui seront à ma disposition j’entrerai en contact avec toi. Si tu est un homme bon, avec toi même et avec les autres, alors je suis certaine que Dieu nous accordera cette faveur ».

« Mamie… Je ne veux pas que tu aille au Ciel… »

« Oh, ce n’est pas pour tout de suite mon chéri… Tu seras un homme quand je partirai. Alors, je pourrais t’accompagner, comme ma maman m’accompagne chaque jour. Et je te ferai savoir que tout va bien, mon petit… »

By | 2018-06-08T16:50:18+00:00 juin 8th, 2018|Fictions|1 Comment

One Comment

  1. Lottie Scotten 10 juillet 2018 at 11 h 21 min - Reply

    encors un grand meri pour cet article qui me touche enormement.

Leave A Comment